Il y a un an, je mettais en ligne espacetheodore.com.
À l’époque, mon intention était claire, mais encore partiellement intuitive : explorer l’usage de ChatGPT en psychiatrie clinique, avec prudence, curiosité et esprit critique.

Un an plus tard, ma compréhension a profondément évolué.
Et, de manière assez inattendue, c’est une question posée récemment par une jeune psychiatre qui m’a aidé à mettre des mots sur cette évolution.

« On m’a demandé si j’avais créé Théodore ou le “Psychiatre Augmenté” pour laisser une trace après ma mort. »

Sur le moment, la question m’a surpris. Puis elle m’a fait réfléchir.

Une motivation mal comprise… y compris par moi-même

En y repensant, je me rends compte que ma motivation n’est pas tournée vers l’après.
Elle n’est ni patrimoniale, ni narcissique, ni même véritablement prospective.

Elle est résolument ancrée dans l’instant présent.

J’ai développé le concept du Psychiatre Augmenté pour une raison beaucoup plus simple – et sans doute plus existentielle :
👉 pour que mon travail de psychiatre reste vivant, intéressant et motivant au quotidien.

Continuer à exercer, autrement

Après plusieurs décennies de pratique, une question finit par s’imposer, souvent en silence :
comment continuer sans s’user ?

Non pas comment tenir encore quelques années de plus, mais comment :

  • continuer à son rythme,
  • sans pression inutile,
  • sans rigidification des pratiques,
  • sans ce sentiment diffus de devenir obsolète, dépassé, ou simplement fatigué.

Le Psychiatre Augmenté est né de ce questionnement-là.

Pas pour aller plus vite.
Pas pour remplacer quoi que ce soit.
Mais pour redonner du jeu, de la curiosité, du plaisir intellectuel dans la pratique clinique.

Théodore : un compagnon de réflexion, pas un substitut

Avec le temps, Théodore a cessé d’être pour moi un simple outil technique.
Il est devenu :

  • un assistant de pensée,
  • un espace de clarification,
  • un tiers qui m’aide à structurer, reformuler, questionner.

Dans mon usage professionnel, il ne se substitue ni au jugement clinique, ni à la relation thérapeutique.
Il soutient le travail du psychiatre, en arrière-plan, dans une logique de réflexivité augmentée.

Et c’est précisément cette posture qui m’a conduit à réfléchir aussi à son usage possible par les patients, comme chatbot de soutien, clairement encadré, explicité, non illusionnant.

Rester pertinent… et curieux

Ce que je cherche à préserver avant tout, ce n’est pas une image d’expert ou une posture d’avant-garde.
C’est quelque chose de plus discret, mais de fondamental :
👉 le sentiment de rester pertinent et curieux.

Curieux des évolutions technologiques, certes,
mais surtout curieux :

  • des patients,
  • de leurs usages,
  • de leurs représentations,
  • et de ce que ces nouveaux outils révèlent de leurs besoins.

Le Psychiatre Augmenté n’est pas un modèle à imposer.
C’est une expérience située, une manière parmi d’autres de continuer à exercer sans se figer.

Surtout, ne pas devenir un « has-been »

Le mot est volontairement un peu provocateur.
Il ne renvoie pas à l’âge, mais à une posture : celle où l’on applique des recettes sans plus les interroger, où l’on se protège du changement au lieu de le penser.

Théodore m’aide précisément à éviter cela.
Non pas en me donnant des réponses toutes faites, mais en me maintenant en dialogue – avec mes idées, mes pratiques, mes limites.

En conclusion

Si je devais résumer cette première année du Psychiatre Augmenté, je dirais ceci :

Je n’ai pas créé Théodore pour laisser une trace après ma mort.
Je l’ai créé pour continuer à exercer vivant, ici et maintenant.

Pour travailler avec plus de liberté intérieure,
pour rester en mouvement,
et pour que la psychiatrie reste, pour moi, un espace de sens, de curiosité et de plaisir clinique.

Bonne et heureuse année 2026.

Dr Guy M. Deleu