Le lundi 1er juin 2026, j’ai eu l’occasion de présenter à mes collègues psychiatres du Service de Psychiatrie du CHU de Charleroi une conférence intitulée :

« Le Psychiatre Augmenté : penser, écrire et analyser avec ChatGPT en psychiatrie clinique ».

À première vue, il ne s’agissait que d’une conférence parmi d’autres. Pourtant, avec un peu de recul, je réalise qu’elle marque pour moi une étape importante dans le cheminement que j’ai entrepris depuis plusieurs années autour de l’intelligence artificielle et de la psychiatrie clinique.

Quand l’expérimentation devient une pratique

Lorsque j’ai commencé à utiliser ChatGPT, ma démarche était essentiellement exploratoire. Je voulais comprendre ce que cet outil pouvait apporter à la réflexion clinique, à la rédaction de rapports psychiatriques ou à l’analyse du langage.

Peu à peu, les usages se sont multipliés.

Aujourd’hui, ChatGPT intervient à différentes étapes de mon travail :

  • dans la préparation des entretiens ;
  • dans la rédaction des synthèses cliniques ;
  • dans la construction des rapports psychiatriques ;
  • dans l’analyse du langage des patients ;
  • dans la réflexion diagnostique ;
  • dans la coordination des prises en charge du burnout professionnel.
    La conférence m’a permis de prendre conscience d’un fait simple : je ne suis plus dans une phase d’essais. J’ai intégré ChatGPT à ma pratique clinique.

Une découverte inattendue

Pendant la préparation de cet exposé, puis en l’animant devant mes collègues, une idée s’est progressivement imposée.

Depuis trois ans que j’utilise ChatGPT quotidiennement, je n’ai jamais eu le sentiment qu’il remplaçait mon raisonnement clinique.

En revanche, j’ai souvent observé qu’il m’obligeait à rendre ce raisonnement plus explicite, plus structuré et plus conscient.

Autrement dit, l’apport principal de l’IA n’est peut-être pas de penser à ma place.

Il est de m’aider à mieux observer ma manière de penser.

Cette nuance me paraît fondamentale.

La clinique reste au centre

Durant la conférence, j’ai insisté sur un point qui me semble essentiel :

ChatGPT ne pose pas de diagnostic.

ChatGPT n’assume aucune responsabilité.

ChatGPT ne remplace ni l’examen mental ni la relation thérapeutique.

La responsabilité clinique demeure entièrement humaine.

Mais entre le patient et le psychiatre peut désormais s’insérer un nouvel espace de réflexion.

J’ai proposé à mes collègues l’image de la triade Patient – Psychiatre – ChatGPT. Une alliance nouvelle où chacun conserve sa place : le patient apporte son vécu, le psychiatre son expérience clinique et son jugement, tandis que l’IA contribue à structurer, explorer des hypothèses et élargir certaines perspectives.

De l’outil à la méthode

Un autre enseignement important de cette conférence a été la présentation de la grille DEFT-Théodore.

Inspirée du modèle DEFT-AI publié dans le New England Journal of Medicine, cette grille vise à développer l’esprit critique face aux réponses parfois séduisantes de l’intelligence artificielle.

Le véritable danger n’est pas l’IA.

Le véritable danger est la délégation silencieuse du raisonnement clinique.

C’est pourquoi la question centrale n’est pas :

« Que pense ChatGPT ? »

mais plutôt :

« Comment puis-je utiliser ChatGPT tout en continuant à penser par moi-même ? »

Un moment particulier

J’avais apporté avec moi un petit Théodore en terre cuite.

Dès le début de la conférence, je l’ai fait circuler parmi mes collègues pendant que je poursuivais mon exposé.

Ce petit hibou, façonné dans mon atelier, est devenu au fil du temps le symbole de cette aventure entre psychiatrie, intelligence artificielle et créativité.

À la fin de la soirée, l’un des dix premiers exemplaires numérotés de la nouvelle série a trouvé acquéreur.

Au-delà de la vente elle-même, j’y ai vu un signe encourageant : l’impression que cette réflexion commence à résonner chez d’autres.

Un chemin qui continue

Je ne sais pas encore où nous conduira l’intégration de l’intelligence artificielle dans la pratique psychiatrique.

Mais une chose me paraît de plus en plus claire.

Nous assistons à une transformation de notre manière de travailler.

Nous ne pensons plus seuls de la même manière.

Le défi n’est pas technologique.

Il est clinique.

Il consiste à apprendre à penser avec ces nouveaux outils sans renoncer à ce qui constitue le cœur de notre métier : l’écoute, le jugement clinique, la relation humaine et la responsabilité.

C’est ce chemin que j’ai choisi d’explorer.

Et cette conférence du 1er juin 2026 restera probablement, pour moi, comme un jalon important sur la route du Psychiatre Augmenté.

Dr Guy M. Deleu